Interview réalisée par Alice de Germay

Attention : certains passages de cet article peuvent heurter la sensibilité de certains lecteurs.

“Je m’appelle Jade, j’ai 15 ans. J’ai toujours vécu
dans la région Rhône-Alpes, à Lyon. »

Selon mes parents, j’étais une enfant très souriante et curieuse. J’ai toujours été extrêmement timide ; malgré le théâtre et tous mes efforts, rien ne m’a aidée. J’ai très mal vécu l’école primaire : j’ai eu des amitiés toxiques et j’angoissais chaque matin avant d’aller à l’école. Je n’étais vraiment pas bien, je ne me sentais pas aimée. Je me souviens avoir pensé pour la première fois que mourir serait plus simple, vers le CE1 (c’est approximatif, mais je crois que c’était à cette époque). Petit à petit, ce sentiment a pris de l’ampleur, mais je tenais bon. Le confinement est arrivé quand j’étais en CM2, et je pense qu’il m’a sauvé. À la rentrée au collège, je pensais me faire de nouveaux amis, donc j’étais assez confiante, mais finalement je suis restée dans le même groupe, toujours aussi toxique. Les idées suicidaires devenaient envahissantes, au point que les pompiers sont venus chez moi une fois, après un message que j’avais envoyé à un numéro d’écoute spécialisé

(en pensant qu’ils me conseilleraient par message…). Bref, à la fin de l’année j’ai complètement déraillé et ça m’a permis d’avoir le courage de couper les ponts avec tout le groupe du jour au lendemain. J’ai été seule les dernières semaines mais ça m’a clairement sauvé. En 5eme j’avais plus du tout d’amis, j’ai eu une classe horrible, ça a vraiment été la pire année de ma vie. Je me mettais une pression énorme sur les notes, j’ai commencé à faire de l’anxiété sociale (je savais pas encore que s’en était) avec des crises d’angoisse régulièrement. J’ai développé une phobie scolaire, je me suis forcée autant que j’ai pu mais à la fin de l’année j’ai craqué et j’ai arrêté d’y aller (j’en étais malade le matin). Mes parents se sont posés des questions mais j’ai tout gardé pour moi. La 4eme j’ai pu y aller mais ça a été l’horreur, l’anxiété sociale devenait ingérable, j’enchaînais les crises de paniques tous les jours, j’ai commencé à me ***.

La 3ème (l’année dernière), j’ai commencé l’année plutôt bien, mais l’anxiété était toujours aussi présente et ingérable. Les pensées suicid*** avaient pris une ampleur énorme depuis la 5eme (scénarios à longueur de journées, au point d’en « rêver » la nuit). Je suis passée à l’acte le 26 septembre 2023. J’ai été hospitalisée 3 jours, puis en pédopsychiatrie 12 jours. Ça s’est pas très bien passé, j’en suis ressortie tout aussi mal, mais avec un espoir puisqu’ils m’avaient donné un traitement. Au final le traitement a été inutile, j’ai continué de me ***, mais j’ai tenu car les profs ne devaient plus du tout m’interroger à l’oral. C’est là que j’ai été diagnostiquer d’un TAG (trouble anxieux généralisé), d’un trouble panique et d’une phobie sociale. Actuellement c’est toujours compliqué mais ça va pas un peu mieux.”

As tu des enseignants ou des proches qui ont remarqué ce que tu as traversé ? Ont ils essayé de t’aider ?

Des enseignants non, il n’ont pas fait attention pour la plupart mais je pense que certains ont remarqué mais ont préférés se voiler la face et faire comme si de rien n’était. Des proches pas spécialement, mes parents savaient que j’avais tendance à être anxieuse mais ils ne pensaient pas du tout que ça en arriverait là. J’avais quelques amies par contre, avec qui j’étais proche, qui le savaient et m’aidaient beaucoup.

Quel type de soutien as tu trouvé le plus bénéfique dans ta vie quotidienne que ce soit des amis, de la famille ou des professionnels ?

J’ai vu une hypnothérapeute qui m’a bien aidé, je suis suivie par une psychologue qui m’aide beaucoup aussi. Sinon pour calmer les crises c’est toujours difficile mais j’ai quelques techniques de respiration qui peuvent m’aider. Après c’est vrai que ce qui m’aide le plus au lycée c’est vraiment de ne pas être interrogée, mais ça reste très compliqué d’être au milieu de tout le monde.

Comment vois tu ton avenir maintenant ?

Ce qui me donne de l’espoir c’est surtout d’avoir compris qu’on s’en sort, d’avoir vu d’autres personnes qui s’en sont sorties (sur les réseaux).

Et pour finir quel message aimerais tu faire passer aux jeunes qui vivent des expériences similaires à la tienne ?

Je voudrais leur dire que ça va aller, vraiment. Je sais à quel point ça paraît impossible dans ces moments, mais on a beaucoup plus de force que ce qu’on croit. Il faut oser demander de l’aide avant que ça dégénère trop. Et surtout se sentir légitime, parce qu’on l’est, peu importe la raison (même si on ne l’a pas encore trouvée), à partir du moment où l’on se sent mal on est légitime. Prévenir les parents ça peut être très dur voir impossible selon les situations, mais il y a des numéros disponibles pour vous aider (sos amitié, fil santé jeune, le 3114). Et bien s’entourer aussi ça change tout! En tout cas ça va aller, il ne faut rien lâcher!

Si vous ou quelqu’un de votre entourage traverse une période de mal-être ou a des pensées suicidaires, n’hésitez pas à
en parler et à chercher de l’aide. Des professionnels et des associations sont là pour écouter, accompagner et soutenir.
Vous n’êtes pas seul, et des solutions existent. Parler, c’est déjà un premier pas vers le mieux-être.

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