Interview réalisée par Alice de Germay

Attention : certains passages de cet article peuvent heurter la sensibilité de certains lecteurs.

“Je m’appelle Nattan, j’ai 19 ans, je suis commercial et je viens de Lyon »

Au début, c’était comme pour tout le monde, je pense, dans les soirées. J’ai fumé mes premières taffes, découvert les premiers effets à court terme. C’était vraiment occasionnel, étant donné que je ne fumais pas avant. Ensuite, c’est devenu régulier. Ça a commencé à être tous les week-ends, et en plus grosses quantités. Pendant six mois, je me contentais d’en fumer uniquement en soirée, histoire de ne pas « tomber dedans ». Puis un jour, le déclic : on achète sa première consommation perso, on essaie d’apprendre à rouler, et voilà qu’on fume son premier joint tout seul.

À ce moment-là, j’avais l’impression que les joints m’aidaient à m’évader et à surmonter une période compliquée de ma vie, même si, avec le recul, je me rends compte que c’était faux. Sur le moment, ça apaisait mes problèmes en me provoquant des fous rires, mais les effets ne duraient jamais longtemps. Petit à petit, on commence à en consommer en plus grande quantité, jusqu’à atteindre, pour ma part, environ une plaquette et demie par mois. Et puis finalement, on est obligé de fumer beaucoup plus pour ressentir les effets comme au début. Le shit faisait vraiment partie de ma vie : quand j’allais au travail, à l’école, quand je voyais mes proches, etc. Tout ça pour dire que j’en étais vraiment dépendant. Et puis récemment, avec les nombreuses convocations au tribunal, les amendes, et des proches qui s’éloignent peu à peu… Tout ça, eh bien, ça fait réfléchir.

Donc même si aujourd’hui cela ne fait qu’un mois que j’ai arrêté, je ressens déjà des changements dans mon humeur, mon comportement, mes réflexions. Je suis moins irritable, moins paresseux, et beaucoup plus motivé. Si je peux donner un conseil : si vous êtes jeunes, ne tombez jamais dedans comme je l’ai fait. C’est source de problèmes, de stress, de dépendance, et ça coûte cher, tout ça. Mettez votre énergie et votre argent ailleurs que là-dedans..”

Comment l’addiction a-t-elle affecté ta vie quotidienne, tes relations et ta santé ?

L’addiction a effectivement affecté ma vie quotidienne. Elle a un impact sur l’humeur, la motivation, la procrastination, et même la concentration. On est beaucoup plus enclin à repousser les choses au lendemain, à avoir la tête dans les nuages, et à ressentir une fatigue constante…

Comment as-tu géré les conséquences, tant sur le plan personnel que professionnel ?

Honnêtement, je croyais que je gérais. Mais je me suis rendu compte que non. Pour les proches, pour les collègues de travail, c’est quelque chose qui change notre façon de faire, notre manière d’être… À cause de ça, mine de rien, on finit par se mettre des gens à dos sans même le savoir.

Quelles personnes t’ont le plus aidé dans ton parcours vers la guérison ?

Personne, à vrai dire. J’étais vraiment motivé. Le problème, c’est que chacun doit trouver en soi la motivation pour arrêter. C’est la base pour se libérer d’une addiction.

Comment envisages-tu ton avenir maintenant ? Qu’est-ce qui te motive à rester sur le chemin de la « guérison »?

Ce qui me motive à suivre le chemin de la guérison, c’est d’abord ma santé. Je pense que personne n’a envie de finir sous tutelle, dans un appartement délabré, à toucher le RSA parce qu’on a trop fumé et qu’on a le cerveau en compote. Rien que ça, déjà, ça motive énormément à rester sobre.

Comment penses-tu que l’éducation sur les drogues et l’addiction pourrait être améliorée dans les écoles ?

Je pense qu’il faudrait arrêter de parler de chiffres. On peut faire dire ce qu’on veut aux chiffres. Il faut choquer avec des images, comme ce qu’on a vu récemment aux États-Unis avec la « drogue zombie ». Si les jeunes sont vraiment choqués, ils n’y toucheront pas.

Si vous ou quelqu’un de votre entourage se sent dépendant ou vulnérable face aux substances, sachez que de l’aide existe. Parlez en à un proche ou consulter un professionnel . Rappelez-vous : il n’est jamais trop tard pour demander de l’aide et prendre un nouveau départ.

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