Article écrit par Alice de Germay

Les origines

Le Cachemire est une région de haute altitude nichée au cœur de l’Himalaya, connue pour ses paysages majestueux et sa diversité culturelle. Pourtant, depuis plus de 75 ans, cette région est le théâtre d’un conflit géopolitique majeur opposant l’Inde et le Pakistan. Ce différend territorial est l’un des plus anciens conflits non résolus du monde, alimenté par des guerres ouvertes, des affrontements militaires réguliers, des tensions religieuses et des dynamiques géopolitiques complexes. Aujourd’hui encore, le Cachemire reste une zone instable, fortement militarisée, où la paix semble difficilement atteignable.

Origines du conflit : La partition de 1947

Le conflit prend racine en 1947, lors de la partition de l’Inde britannique, qui donne naissance à deux États : l’Inde, à majorité hindoue, et le Pakistan, créé comme un État musulman.

À cette époque, le Cachemire était un État princier dirigé par le maharaja hindou Hari Singh, alors que la majorité de sa population était musulmane.

Pris entre deux feux, Hari Singh choisit de rester indépendant, mais l’invasion de combattants tribaux venus du Pakistan le pousse à signer l’acte d’accession à l’Inde en échange d’un soutien militaire. Ce geste est contesté par le Pakistan, qui considère que la population musulmane du Cachemire aurait dû pouvoir choisir son destin. Cela entraîne la première guerre indo-pakistanaise (1947-1948), qui se termine par un cessez-le-feu sous l’égide de l’ONU et le tracé d’une ligne de contrôle (LoC) séparant le Cachemire en deux : une partie contrôlée par l’Inde (le Jammu-et-Cachemire) et une autre par le Pakistan (l’Azad Cachemire et le GilgitBaltistan).

Trois guerres et une tension permanente

Outre la première guerre, deux autres conflits majeurs ont éclaté :

La guerre de 1965 : nouvelle tentative du Pakistan pour prendre le contrôle du Cachemire, qui échoue après une intervention de la communauté internationale.

La guerre de Kargil en 1999 : infiltration de soldats pakistanais dans les hauteurs de Kargil, côté indien. L’Inde reprend le terrain perdu après de violents combats.

À ces affrontements s’ajoutent des escarmouches régulières, des échanges de tirs le long de la LoC, et des attaques terroristes en territoire indien, comme l’attentat de Mumbai en 2008 ou celui de Pulwama en 2019, qui provoquent régulièrement des flambées de tensions.

Le Cachemire Indien : une région sous tension permanente

Depuis les années 1990, la région du Jammu-et-Cachemire est marquée par une insurrection séparatiste, soutenue en partie par des groupes islamistes armés provenant du Pakistan, selon l’Inde. Ces groupes revendiquent soit l’indépendance de la région, soit son rattachement au Pakistan.

Face à cela, l’armée indienne a massivement militarisé la région. On estime que plus de 500 000 soldats indiens sont présents au Cachemire, ce qui en fait l’une des régions les plus militarisées au monde. Des violations des droits humains, telles que des disparitions forcées, des détentions arbitraires ou des restrictions sur la liberté de la presse, ont régulièrement été dénoncées par des ONG comme Human Rights Watch ou Amnesty International.

Le tournant de 2019 : La révocation de l’autonomie

Le 5 août 2019, le gouvernement nationaliste indien de Narendra Modi annonce la révocation de l’article 370 de la Constitution, qui garantissait une autonomie relative au Jammu-et-Cachemire depuis son intégration à l’Union indienne. La région perd son statut spécial et devient un territoire administré directement par New Delhi. En parallèle, l’article 35A, qui limitait l’accès à la propriété aux seuls résidents permanents, est également supprimé. Cette décision est perçue par de nombreux Cachemiris comme un acte unilatéral et autoritaire, et par le Pakistan comme une provocation majeure. L’annonce s’accompagne d’un couvre-feu strict, de coupures d’Internet pendant plusieurs mois, et de l’arrestation de centaines d’opposants politiques locaux.

Les relations Indo-Pakistanaises depuis 2019

Depuis 2019, les tensions restent très fortes. L’attaque de Pulwama, ayant causé la mort de 40 soldats indiens, a conduit à une frappe aérienne indienne sur Balakot au Pakistan, marquant un tournant : c’était la première fois que l’Inde bombardait en territoire pakistanais depuis 1971. Le Pakistan, quant à lui, continue de revendiquer le droit des Cachemiris à l’autodétermination, tandis que l’Inde accuse son voisin de soutenir le terrorisme transfrontalier. Les échanges militaires le long de la LoC se poursuivent, bien qu’un accord de cessez-le-feu ait été signé en février 2021, permettant une baisse temporaire des tensions

La dimension internationale et l’ombre de la Chine

Le conflit indo-pakistanais ne se joue pas qu’à deux. La Chine est également un acteur important, car elle contrôle la région de l’Aksai Chin, revendiquée par l’Inde. L’Inde, le Pakistan et la Chine se retrouvent donc engagés dans un triangle géopolitique tendu. En 2020, l’Inde et la Chine se sont affrontées militairement dans la région frontalière du Ladakh, ce qui a encore complexifié la situation. Quant aux États-Unis, à la Russie ou à l’ONU, leur rôle reste limité, même si Washington a parfois tenté une médiation. La plupart des puissances adoptent une position de neutralité prudente, tout en appelant au dialogue et à la désescalade.

2025 : Une nouvelle escalade après l’attentat de Pahalgam

Le 22 avril 2025, un attentat terroriste frappe violemment la vallée de Baisaran, près de Pahalgam, au Jammu-et-Cachemire indien. L’attaque, revendiquée par le Front de résistance, branche du groupe islamiste Lashkar-e-Taiba basé au Pakistan, fait 28 morts parmi les touristes et plus d’une vingtaine de blessés. Immédiatement, des accrochages militaires éclatent le long de la ligne de contrôle dès le 24 avril, faisant craindre une guerre ouverte. Sur le plan diplomatique, l’Inde accuse directement le Pakistan d’avoir commandité l’attentat. Elle expulse les diplomates pakistanais, ferme ses frontières, suspend les visas, et se retire du traité des eaux de l’Indus. Le Pakistan, niant toute implication, réagit en fermant son espace aérien, ses postes frontaliers, en suspendant l’accord de Shimla, et en imposant des sanctions commerciales.

Entre le 24 avril et le 6 mai, les échanges de tirs se multiplient. Dans la nuit du 6 au 7 mai, l’Inde lance l’opération Sindoor, une série de frappes de missiles contre des cibles situées au Pakistan et au Cachemire pakistanais, visant selon elle des infrastructures terroristes. Le Pakistan riposte avec des frappes de drones et de missiles, notamment sur Amritsar. La situation devient extrêmement volatile, les deux puissances nucléaires étant engagées dans une confrontation sans précédent depuis 1999. Dans les deux pays, la désinformation explose sur les réseaux sociaux et les médias nationaux, alimentant la haine et la confusion. Cette crise de 2025 marque un point de rupture dans les relations indo-pakistanaises et illustre à quel point le Cachemire reste un détonateur géopolitique d’une extrême sensibilité.

Quelles perspectives pour l’avenir ?

La question du Cachemire reste sans solution claire. Trois options sont régulièrement évoquées :


– Le maintien du statu quo, avec une LoC figée mais des tensions permanentes.
– Une solution bilatérale entre l’Inde et le Pakistan, peu probable à court terme compte tenu du climat politique.
– Une consultation des populations locales, via un référendum, comme recommandé par l’ONU en 1948, mais que l’Inde rejette catégoriquement.

En attendant, les habitants du Cachemire continuent de vivre dans l’incertitude, la peur et la colère, pris en
étau entre des puissances nationales et des stratégies globales qui les dépassent.

Conclusion

Le Cachemire symbolise à la fois les cicatrices de la décolonisation, les rivalités religieuses et les jeux de puissance régionaux. C’est une terre d’une grande beauté mais aussi d’une immense souffrance. Tant que le dialogue reste bloqué, que les Cachemiris sont marginalisés, et que la logique de confrontation l’emporte sur celle de la coopération, le conflit semble voué à perdurer. Pourtant, la paix ne pourra s’établir sans une solution inclusive, respectueuse des droits humains, et reposant sur la volonté des populations concernées.

Alice de Germay

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