La guerre déclenchée par les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran à la fin du mois de février inquiète les marchés financiers. Dans un contexte international déjà instable, ce conflit fait particulièrement réagir un secteur stratégique : celui de l’énergie.
Pétrole, gaz, transport maritime… les tensions au Moyen-Orient provoquent une hausse des prix et une forte volatilité des marchés. Mais la situation peut-elle provoquer une crise comparable à celle de 2022 après l’invasion de l’Ukraine par la Russie ?
Pour l’instant, les spécialistes appellent plutôt à la prudence.

Les marchés de l’énergie immédiatement sous tension
Dès l’ouverture des marchés le lundi 2 mars, les prix du pétrole et du gaz ont commencé à augmenter. L’Iran possède en effet la troisième réserve mondiale de pétrole, ce qui fait de ce pays un acteur central du marché énergétique mondial. Toute instabilité dans la région a donc des conséquences directes sur les marchés.
Le prix du baril de Brent, la référence mondiale du pétrole, a progressé de plusieurs points. Toutefois, cette hausse reste pour l’instant relativement limitée. En 2022, au début de la guerre en Ukraine, le baril avait dépassé les 100 dollars, provoquant une véritable crise énergétique. Pour Nicolas Chéron, stratégiste boursier indépendant, la situation actuelle est différente. Selon lui, les investisseurs avaient déjà anticipé une montée des tensions avec l’Iran.
« Les marchés avaient intégré ce risque depuis plusieurs semaines. La hausse reste relativement modérée et certains investisseurs considèrent même que le pire est déjà anticipé », explique-t-il.
La principale crainte concerne un passage stratégique pour le commerce mondial : le détroit d’Ormuz.
Situé entre l’Iran et Oman, ce détroit constitue l’une des routes maritimes les plus importantes pour le transport d’énergie. Chaque jour, près de 20 % du pétrole consommé dans le monde y transite, soit environ 20 millions de barils par jour. Ces derniers jours, plusieurs incidents ont ravivé les tensions dans la zone. Deux navires ont notamment été attaqués au large des Émirats arabes unis et d’Oman. Face aux risques, certaines compagnies maritimes ont décidé de suspendre leurs traversées.
Conséquence :
les primes d’assurance maritime ont fortement augmenté et une partie du trafic a été interrompue.
Le détroit d’Ormuz est également crucial pour le transport du gaz naturel liquéfié (GNL), notamment celui exporté par le Qatar. Lorsque la compagnie publique Qatar Energy a annoncé suspendre une partie de sa production après une attaque de drones, les marchés du gaz ont immédiatement réagi. Le prix du gaz européen, référence du marché, a bondi de près de 40 % en une journée.
La France relativement à l’abri d’une pénurie
Malgré ces tensions, la France semble relativement protégée contre un risque immédiat de pénurie. Selon les chiffres du ministère de l’Économie, le pays dépend assez peu du Moyen-Orient pour son approvisionnement énergétique. Environ 10 % du pétrole brut français provient de cette région. Pour l’essence, cette part ne représente qu’environ 1 %.
La France dispose également de réserves stratégiques, obligatoires pour les pays de l’OCDE, qui permettent de couvrir environ 90 jours de consommation. Le ministre de l’Économie Roland Lescure a d’ailleurs affirmé qu’il n’existait « aucun risque d’approvisionnement à court terme » pour le gaz ou l’essence. Cependant, les autorités restent vigilantes. En période de crise énergétique, la peur des pénuries peut provoquer un phénomène de ruée vers les stations-service, appelé « oil run », qui peut lui-même créer une pénurie artificielle.
Même si les volumes d’approvisionnement restent pour l’instant sécurisés, le principal impact du conflit concerne les prix. Dans un marché mondial, les tensions géopolitiques font monter les tarifs de l’énergie, même dans les pays peu dépendants de la région.
Selon Patrice Geoffron, professeur à l’université Paris-Dauphine et spécialiste de la géopolitique de l’énergie, les prix pourraient continuer à augmenter dans les prochaines semaines. Traditionnellement, il faut entre une et deux semaines pour que la hausse du prix du pétrole se répercute sur les carburants.
Les économistes estiment donc une augmentation possible entre 5 et 10 % selon les produits. Actuellement, le litre de diesel se situe autour de 1,76 euro, tandis que le SP95 atteint environ 1,75 euro.
Si les ménages pourraient être relativement épargnés, certaines entreprises risquent en revanche de subir davantage les conséquences du conflit. Les secteurs industriels très consommateurs d’énergie sont particulièrement vulnérables aux fluctuations du prix du gaz et du pétrole. C’est notamment le cas de : l’industrie chimique, la sidérurgie, l’agroalimentaire, le transport et la logistique. Ces secteurs avaient déjà été fortement touchés par la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine. Une nouvelle hausse des prix pourrait donc fragiliser leur activité. Face à cette situation, le gouvernement a annoncé la création d’une cellule de crise à Bercy, chargée de suivre l’évolution des marchés et d’échanger avec les secteurs industriels concernés.
Un conflit dont la durée reste incertaine
Pour les économistes, l’impact réel sur l’économie mondiale dépendra surtout de la durée du conflit. Pour l’instant, certains spécialistes estiment qu’une guerre longue reste peu probable. Plusieurs facteurs pourraient pousser les grandes puissances à favoriser une désescalade.
La Chine, par exemple, dépend fortement du pétrole et du gaz provenant des pays du Golfe. Une crise énergétique prolongée pourrait donc affecter directement son économie. Par ailleurs, les pays de l’OPEP ont annoncé une augmentation de leur production de pétrole afin de limiter les tensions sur les marchés. Si la situation se stabilise et que le trafic reprend dans le détroit d’Ormuz, les flux énergétiques pourraient revenir à la normale relativement rapidement.
Pour l’instant, la guerre en Iran provoque surtout une hausse des prix et une forte incertitude sur les marchés de l’énergie. Mais les spécialistes rappellent que la situation reste très différente de celle de 2022. Tout dépendra désormais de l’évolution du conflit et surtout de la sécurité du détroit d’Ormuz, véritable artère du commerce énergétique mondial. Dans un monde toujours fortement dépendant du pétrole et du gaz, chaque crise au Moyen-Orient continue de faire trembler les marchés… et rappelle à quel point l’énergie reste au cœur des équilibres économiques mondiaux.

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