Lors de son déplacement à l’île Longue, lundi 2 mars 2026, dans un important discours sur la dissuasion, Emmanuel Macron a entendu préciser les conditions dans lesquelles les armes nucléaires françaises pourraient à l’avenir « européaniser » leur posture dissuasive. 

Après les ouvertures pratiquées à ce sujet auprès de nos alliés, en 2024 et 2025, marquée en particulier par la déclaration franco-britannique de Northwood le 10 juillet 2025, l’intervention du chef de l’État était très attendue.

Même si la proposition d’étendre la protection de la dissuasion française aux alliés européens s’inscrit dans la continuité des prises de position de tous ses prédécesseurs depuis la fin de la Guerre froide, le président de la République s’engage cette fois plus avant.

On passe de l’affirmation que les armes françaises de dissuasion contribuaient de facto à la sécurité des Européens à une offre de service et aux modalités que pourrait prendre un tel engagement.

Cette évolution intervient dans un contexte de tensions internationales et de multiples ruptures stratégiques qui tout à la fois en justifient la visée et rendent critique la trajectoire pour y parvenir.

Pour la première fois depuis 1945, l’Europe est le théâtre d’un conflit majeur. La guerre d’Ukraine, dévastatrice et meurtrière, se voit placée par la Russie sous le spectre de gesticulations nucléaires répétées. Jamais, en outre, depuis 1991, la fiabilité des garanties de sécurité consenties par les États-Unis à leurs alliés de l’OTAN, n’avait, à ce point, été révoquée en doute et fragilisée. Dans sa dernière édition, la National Defense Strategy américaine publiée fin janvier, consacre à peine cinq lignes aux questions nucléaires. Aucune n’évoque la « dissuasion élargie ». C’est d’ailleurs du bout des lèvres qu’Elbridge Colby, sous-secrétaire d’État à la guerre des États-Unis, y a fait une elliptique mention lors de son intervention à la réunion des ministres de la défense de l’OTAN, le 13 février dernier. Le parapluie nucléaire américain se referme sur la tête des Européens pile au moment où le temps commence à se gâter.

Le monde est en effet entré dans un nouvel âge nucléaire. Dans ces circonstances préoccupantes, l’initiative française répond à un impératif : éviter que les Européens ne se retrouvent, un jour, stratégiquement démunis face à un chantage nucléaire. Toute inflexion de posture de notre dissuasion ne peut cependant s’opérer qu’avec une particulière circonspection.

Sauf à compromettre la crédibilité de sa dissuasion, la France ne peut pas prétendre trop. En s’adaptant, sa posture nucléaire doit rester cohérente en doctrine, compatible avec ses moyens, compossible avec les choix stratégiques de ses partenaires européens et prise au sérieux par ceux qu’elle entend dissuader, en premier la Russie. Le pays ne peut pas non plus accorder à d’autres une assurance nucléaire sans réciprocité. L’« européanisation » de la dissuasion française suppose de pouvoir l’inscrire dans de nouvelles dynamiques avec des partenaires européens qui acceptent de faire converger leurs doctrines et de mutualiser certaines capacités, notamment dans le haut du spectre des armements conventionnels ; spatial, alerte avancée, systèmes de défense anti-missiles, missiles longue portée.

Si la couverture de notre dissuasion nucléaire s’étend, celle-ci doit pouvoir en effet s’adosser, sans limitation d’accès, à des moyens conventionnels européens redimensionnés et partagés. Il s’agit de pouvoir collectivement opposer à un adversaire agressif une réponse stratégique globale tant conventionnelle que nucléaire qui l’empêche préventivement de passer à l’acte ou le retient d’aller plus loin.

Les ouvertures pratiquées par la France sur l’extension de sa dissuasion ont été accueillies très positivement de Stockholm, à Berlin en passant par Varsovie mais, à ce stade, les réactions de nos partenaires dessinent surtout un horizon d’attente. Mis à part le cas du Royaume-Uni, seule autre puissance nucléaire européenne avec qui la France coopère depuis de longues années dans des domaines très strictement bordés par sa dépendance aux équipements nucléaires américains, tous les autres pays européens restent sur leur quant à soi, attendent de voir.  

Voulant couper l’herbe sous le pied du projet français, Mark Rutte a d’ailleurs vertement rappelé à l’ordre les Européens. Lors de son intervention au Parlement européen le 26 janvier dernier, le secrétaire général de l’OTAN a mis en garde contre les aspirations à l’autonomie stratégique : « dans ce scénario, vous perdriez le garant ultime de notre liberté, à savoir le parapluie américain ».

Les Européens tâtonnent. Ils cherchent à sauver la mise avec les États-Unis et pratiquent l’accommodement dans l’OTAN. Cette voie du compromis s’impose à eux pas simplement pour des raisons tactiques mais parce qu’ils ne sont toujours pas prêts à des choix alternatifs structurants. Les partenaires européens de la France testent sa détermination sans partager sa vision. La dissuasion française n’est pour eux qu’une corde de rappel dont la solidité vaut d’être éprouvée. Leur filet de sécurité nucléaire reste américain, même s’ils savent que son maillage est troué.

Ce constat, à date, n’est pas rédhibitoire. L’ « européanisation » de la dissuasion française n’est qu’un projet en gestation qui suppose de solder par étape de nombreuses hypothèques. La première étape est celle des clarifications politiques et doctrinales, à commencer par une mise au point du côté français. L’européanisation projetée de la dissuasion française s’entend dans le respect du principe de souveraineté qui la fonde. Néanmoins, on ne voit pas comment l’élargissement de la dissuasion française à la protection d’autres intérêts vitaux que ceux de la France pourrait laisser sans interrogation la totale autonomie d’action de nos forces stratégiques, laisser sans réexamen des concepts doctrinaux aussi fondamentaux que ceux de la « stricte suffisance » et de l’« ultime avertissement » que le président a entendu conforter et actualiser en annonçant une augmentation du nombre de têtes nucléaires. En outre, une réarticulation des doctrines d’emploi française et de l’OTAN s’impose. Enfin, aller plus loin suppose de concrétiser des épaulements opérationnels et capacitaires auprès de nos partenaires européens.

Dans son discours de l’île Longue, Emmanuel Macron s’est voulu rassurant et soucieux de maintenir le consensus national sur la dissuasion. Se contentant de donner de grandes orientations, de proposer un approfondissement des discussions avec nos partenaires, il n’a levé qu’un pan du voile. Il est vrai que nous n’en sommes qu’à l’amorce d’un processus de concertation et, dans ce domaine, les sujets de discussion ne s’étalent pas au grand jour.

Néanmoins, si l’on veut avancer sereinement dans ces échanges, il faut le faire avec franchise en plaçant d’emblée des lignes rouges. Comme Emmanuel Macron l’a opportunément rappelé, la dissuasion française « élargie » ou « avancée » (selon la nouvelle terminologie employée) n’est en aucune façon une dissuasion partagée. Il ne saurait donc être question de partager avec quiconque la fabrication, la détention, ni l’ordre de mise à feu des missiles nucléaires français. Jamais la France, par une frappe nucléaire d’envergure, ne jouera son va-tout si sa survie comme nation n’est pas également en cause. Jamais elle n’acceptera de transiger sur l’autonomie des moyens de la dissuasion, ni sur le caractère souverain de la chaîne de commandement. 

L’autonomie de la dissuasion française requiert en outre la maîtrise complète des circuits de production et de maintenance des armes nucléaires, de leurs vecteurs et de leurs porteurs sous-marins nucléaires ou avions de combat. À cet égard, les récentes déclarations du Chancelier Merz remettant en cause le programme SCAF au moment où, à Munich, il entendait nouer un dialogue avec notre pays sur la dissuasion, ont été entendues comme particulièrement mal venues et dissonantes. Le sort de l’avion furtif de sixième génération au cœur de ce programme conditionne en effet le renouvellement de notre composante aérienne de dissuasion. Derrière les divergences industrielles et politiques entre Paris et Berlin, ce propos révélait le très grand écart des cultures stratégiques allemande et française. La France ne peut pas transiger sur la modernisation des outils de sa dissuasion. L’Allemagne, en faisant le pari de devenir la première puissance conventionnelle en Europe, nourrit surtout pour l’heure les ambitions et le carnet de commandes de Rheinmetall et de ses industriels de l’armement. 

Il faut également s’employer à réduire des différences d’approche et de perception des priorités militaires que notre réintégration dans le commandement intégré de l’OTAN a contribué depuis 2009 à masquer. Nos partenaires sont en effet enclins à croire que la mission de dissuasion exprime une singularité, constitue un atout d’une politique de défense française ayant par ailleurs adopté les standards de l’OTAN. Or, il n’en est rien. Telle une épine dorsale, la dissuasion continue de structurer, en profondeur, stratégiquement, financièrement et technologiquement notre défense.

En outre, la doctrine française de dissuasion n’est absolument pas alignée sur celle de l’OTAN. Actuellement, dans un faux-semblant confortable, la dissuasion française se place (à part et en plus) à côté des moyens militaires européens et américains qui, dans l’OTAN, assurent la sécurité collective des Alliés. Il s’agit d’une contribution autonome : sans se conformer à la doctrine d’emploi ni être soumise à la planification nucléaire de l’OTAN, nos forces stratégiques s’ajoutent aux moyens alliés tout en complexifiant la donne pour un adversaire. La dissuasion française contribue au renforcement global de la dissuasion de l’Alliance  » (Déclaration d’Ottawa, 1974). En tant que «  centre de décision distincts, elle complique les calculs d’adversaires potentiels  » (communiqué du Sommet de Varsovie, 2016). Les armes nucléaires françaises constituent ainsi, d’une part, un facteur de certitude qui sanctuarise, sous la menace de représailles massives, le territoire national et, d’autre part, un élément d’incertitude dans la partie dissuasive à trois qui se joue avec les États-Unis et la Russie sur le Vieux-continent.

Cette ambigüité nous sert. Elle permet de s’accommoder des contradictions qui opposent les doctrines de dissuasion française et otanienne. 

L’européanisation de la dissuasion n’oblige pas à en sortir du côté français. En revanche, elle force les partenaires européens à admettre le double standard d’une dissuasion nucléaire différenciée selon qu’elle s’exprime dans l’OTAN ou s’envisage de concert avec les Français.

C’est d’ailleurs sans doute là que le bât blesse pour eux, tant vis-à-vis des Américains que de leurs opinions publiques peu au fait des options et scénarios nucléaires.

Depuis la fin de la Guerre froide, pour les pays de l’OTAN membres de l’Union (Allemagne, Belgique, Italie, Pays-Bas) qui accueillent depuis une soixantaine d’années les bombes atomiques américaines B61 sur leur territoire, ces bombes à gravité constituent avant tout un gage politique. Elles matérialisent une relation spéciale avec les États-Unis engagés à les défendre, y compris, en acceptant le franchissement possible du seuil nucléaire avec l’emploi de ces armes de théâtre. 

L’achat par ces quatre pays de F35 pour emporter la B61 (demain sans doute rejoints par le Royaume-Uni désireux de se doter à nouveau d’une composante nucléaire aéroportée) a pour but de consolider davantage encore le lien politico-stratégique avec les États-Unis. 

Par rapport à la réaffirmation de ce lien, les options d’emploi opérationnel des F35A couplés à la B61-12, version modernisée, de la bombe américaine à gravité est une question seconde pour les décideurs allemands, belges, italiens et néerlandais. On comprend aisément pourquoi : la question les plonge dans l’embarras. L’ajout d’un kit de guidage à la bombe B61-12 qui lui offre désormais une capacité de tir à distance de l’ordre d’une trentaine de kilomètres et la rend un peu plus précise ne change rien à l’affaire. Elle reste un accessoire anachronique du temps de la Guerre froide. 

Vu les difficultés de pénétration d’un raid aérien en milieu non permissif, sur quel type de cibles et au-dessus de quels territoires européens, les 80 unités stationnées en Europe de la B61-12, chargées de 0,3 à 50kt, pourraient-elle être larguées ?

Quel pays disposant de la B61-12 serait prêt, à condition que les États-Unis l’y autorise et sans garantie pour la suite, à délivrer une frappe nucléaire limitée contre des intérêts russes sous la menace d’un tir de rétorsion plus puissant sur son propre sol, par exemple celui d’un Orechnick russe  ?

Les performances et la gamme de missions de la composante nucléaire aérienne des pays de l’OTAN sont singulièrement contraintes. Elles contrastent avec celles de nos forces aériennes stratégiques actuellement dotées de l’ASMPA et à terme équipées de la version hypersonique de l’ASN4G, un missile tiré à 1000 km de son point d’impact et dont la vitesse et les aides à la pénétration rendent le coup au but quasi imparable. L’emploi de cette force est en outre adossé aux capacités de destruction de la force océanique stratégique prêtes à tout moment à infliger des représailles massives.

Le choix des armes, la doctrine d’emploi et la mission des forces nucléaires françaises sont guidés par l’exigence de la cohérence stratégique et de l’efficacité militaire ; les options de nos partenaires répondent à des critères avant tout politiques. 

La conception française de la dissuasion est radicale dans son substrat théorique, dans ses choix technologiques et dans les effets portés de ces armements. La doctrine française de dissuasion ne conçoit la frappe nucléaire que dans des circonstances extrêmes de légitime défense : les armes nucléaires sont des instruments de dissuasion à des fins d’empêchement de la guerre dès lors qu’un conflit nucléaire prolongé ne peut être gagné et ne ferait que des perdants.

Paris considère donc l’emploi d’armes nucléaires que comme ultime recours afin de provoquer une rupture définitive dans la conduite d’un conflit et d’y mettre un terme sous la menace du pire. La France a toujours récusé l’hypothèse qu’il puisse être fait un usage gradué dans la durée des armes nucléaires (telle que la théorie américaine de riposte flexible l’envisageait au temps de la guerre froide et telle que le sous-entend aujourd’hui, avec une ambigüité, comme toujours possible) la doctrine de l’OTAN.

Hier quand les pays de l’Europe de l’Est étaient sous le joug soviétique, et moins encore à présent, la France n’envisage de transformer notre continent en terrain de tirs nucléaires et en un champ de ruines. 

Une frappe nucléaire dans notre doctrine est d’abord délivrée comme un ultime avertissement ou un coup d’arrêt mettant fin à une agression menaçant nos intérêts vitaux sous la menace, en cas de récidive, de poursuite, ou d’escalade nucléaire d’une déflagration entraînant des dommages inacceptables pour le territoire et la population de la partie adverse et forçant ainsi celle-ci à en rabattre. Notre panoplie est composée de missiles lourds et ne comporte plus depuis 1992 de missiles nucléaires sub ou pré-stratégiques, à courte portée et faiblement chargés, pouvant être tirés dans le seul but de stopper un engagement tactique. 

Les missiles en dotation dans nos forces peuvent tous être tirés à distance de sécurité et sont pourvus de têtes lourdement chargées. À titre d’indication, la charge nominale de la tête TNA de l’actuel ASMPA-R est de l’ordre de 250 à 300 KT (20 fois Hiroshima). La version d’un seul des 16 M51-3 embarqués sur SNLE comporte jusqu’à dix têtes dont chacune a une puissance de l’ordre de 100kt. 

La France, en passe de renouveler ses composantes avec une troisième génération de la Force océanique stratégique (FOST) et des Forces aériennes stratégiques (FAS), dispose et disposera demain de forces stratégiques modernisées aux meilleurs standards. Mais ces forces sont calibrées pour exercer une pression conforme à une doctrine purement dissuasive et de stricte suffisance qui n’envisage le franchissement du seuil nucléaire que dans des situations extrêmes, des cas limites.

Notre doctrine n’est pas compatible avec celle de l’OTAN. Nous ne souhaitons pas impliquer les armes nucléaires sur le champ de bataille. Les bombes B61-12, sous double clef, ne peuvent en outre pas servir à un tir souverain d’ultime avertissement qui doit librement manifester la détermination de la France. 

En cas d’élargissement de la dissuasion française, notre pays peut continuer de s’accommoder du double standard nucléaire européen mais nos alliés doivent être pleinement conscients des contradictions qu’ils devront assumer et surtout de la nécessaire adaptation de leur posture stratégique dans la durée.

Sous ce postulat, une concertation sur l’environnement de sécurité, les éléments de doctrine, les procédures d’alertes et (le moment venu) sur la définition théorique de l’éventail des frappes devrait sous pouvoir être engagée. Mais cette concertation n’a aucune chance d’aboutir si les postures stratégiques des partenaires avec qui nous pourrions avoir un tel dialogue ne convergeaient pas à terme vers la définition progressive d’un contrat commun de sécurité collective et une mise en cohérence capacitaire.

S’agissant des moyens, avec un stock d’armes nucléaires opérationnelles de l’ordre de 290 pour la France et 240 pour le Royaume-Uni, de la qualité des armes, de leurs performances et de leur flexibilité d’emploi est clef. Dans une annonce historique, le Président de la République a déclaré que le nombre de têtes nucléaires allait augmenter, en précisant d’emblée que les chiffres de cette augmentation ne seraient jamais communiqués.

Faut-il envisager de se doter, en partenariat, d’un autre type de missiles, possiblement au double standard conventionnel et nucléaire permettant des frappes dans la profondeur ? Face à la menace des missiles de moyenne portée russe, nous avons besoin de missiles ayant une plus grande portée.

Au plan opérationnel, l’élargissement de la dissuasion française suppose des épaulements capacitaires. Un premier axe de coopération pourrait porter sur le soutien aux missions des FAS et la Composante nucléaire aéroportée (CNA), nos partenaires fournissant une partie des moyens d’accompagnement nucléaire et augmentant ainsi la capacité de pénétration du raid nucléaire. 

On peut aussi, par le stationnement au sol des avions des FAS ou leur déploiement dans les espaces aériens de nos alliés, rendre manifeste et tangible, l’européanisation de la couverture de la dissuasion française.

La France envisage à la suite des déclarations du président de la République sur la base BA 116 de Luxeuil-les-Bains de doter les FAS d’un troisième escadron.

Les marines européennes pourraient aussi contribuer à la protection avancée des SNLE de la FOST française et de la Royal Navy britannique.

Si le nombre des vecteurs embarqués à bord des SNLE français et britanniques est jugé suffisant par Londres et Paris pour infliger des dommages inacceptables à un adversaire qui s’en prendrait à nos intérêts vitaux, l’accroissement d’un bâtiment pour chacune des deux flottes, aujourd’hui calibrées à quatre SNLE, permettrait d’assurer en permanence au moins trois SNLE à la mer, ce qui serait de nature à renforcer la posture dissuasive européenne.

La coordination franco-britannique annoncée par la déclaration de Northwood crédibilise en outre l’option d’une réponse coordonnée en cas d’attaque majeure visant le territoire européen et non seulement l’un des deux pays. Coordonner plus systématiquement les temps de présence à la mer des SNLE britanniques et français semble donc un objectif réaliste et raisonnable. Toute la difficulté de l’élargissement de sa dissuasion pour la France est de ne pas lui faire perdre en crédibilité et de gagner en robustesse par des coopérations avec ses partenaires.

En revanche, l’européanisation de sa dissuasion procure à celle-ci de la profondeur de champ et de la robustesse. 

Enfin, elle contribue au rééquilibrage des rapports de forces en Europe et, en cas de guerre déclarée, à éviter que les hostilités ne débouchent sur une lutte à mort.

Selon cette grammaire (et à condition que le rapport des forces conventionnelles et nucléaires européennes soit globalement convaincant vis-à-vis d’un ennemi potentiel) les armes nucléaires françaises peuvent servir à l’affirmation d’une stratégie européenne de déni d’accès. Pour Paris comme pour ses partenaires européens, qui s’engageraient solidairement dans l’entreprise, ce qui compte, d’abord et avant tout, est le rétablissement d’un rapport de force dissuasif avec la Russie et le maintien d’une mise à distance des autres puissances nucléaires, Chine comprise.

Le discours de l’île Longue creuse le sillon d’une dissuasion française qui se renforce, il ouvre aussi la voie à son européanisation possible. 

Dans le fracas des explosions en Ukraine et des bombardements contre l’Iran, le discours de l’île Longue, tenu dans un nouvel épisode de hautes tensions internationales sera-t-il entendu par-delà nos frontières ?  Il est normal qu’il soit suivi d’une phase de décantation du côté des Européens. La balle est maintenant dans leur camp.

Rédigé par Cosme Lorizon

Laisser un commentaire

LA DISCUT ‘

La Discut Média, c’est une équipe d’étudiants passionnés qui décrypte l’actualité et les grands sujets de société avec des points de vue variés. Articles, interviews, débats : ici, on analyse, on discute et on ouvre le dialogue pour mieux comprendre le monde qui nous entoure.

Nos réseaux