Arte est un média qui a toujours eu le goût pour les projets éditoriaux originaux. Leur chaîne YouTube ou leurs documentaires télé peuvent souvent déconcerter celui qui regarde les programmes communs à la télé. Mais pour attirer la génération Z, il faut alors trouver de nouveaux formats. C’est pour cela que leur chaîne YouTube propose des formats plus adaptés aux « zoomers », un public marqué par les formats iPhone et les shoots de dopamine que l’on couche sur TikTok ou Instagram. C’est une génération voulant du spontané, mais aussi peut-être une narration du monde plus proche de leurs pratiques. Alors, quand un personnage a envie d’arpenter l’Amérique en pleine élection pour le montrer à ses contemporains, le zoomer arrive en un clic. High School Radical sonne comme un air de famille : on a tous connu petits les aventures de Troy et Gabriella dans un lycée cliché faisant la promotion de l’American Way of Life.

Nous suivons dans cette série de 4 épisodes Max Laulomm qui revient dans la ville où il a fait son échange scolaire au lycée entre 2014 et 2015. Il y retourne 10 ans plus tard pour les élections. C’est un récit, un voyage fait de son point de vue.

Le spectateur est d’abord amené à une rencontre : celle de Max, qui porte son iPhone partout dans ce périple au pays de l’Oncle Sam. Car avant d’être vlogueur-journaliste, c’est celui qui va de podcast en podcast et d’émission mainstream en émission mainstream pour parler de l’Amérique de Trump. Il est partout, ce jeune ado plein de rêves et en admiration pour les États-Unis.

Dans l’émission Quotidien, Max parlait de ce pays comme d’un fantasme. Une image caractérise bien ce rêve : New York, dont une photo des gratte-ciel était accrochée au mur de sa chambre d’ado. Là débute l’épisode 1. Max est alors un lycéen français qui regarde des Vines, des séries américaines et découvre le format vlog qui émerge au début des années 2010. C’est l’époque du soft power triomphant. En 2012, l’Amérique, c’est Disney Channel, les stars sur papier glacé et les classiques vus petits. Pour Max, partir là-bas est une opportunité folle.

Mais la série bascule avec son affectation : il se retrouve dans un lycée de Owasso, dans l’Oklahoma, sur la 129e Avenue. Et peut-être la première rupture entre l’Amérique de ses rêves et celle qu’il va voir, car l’Oklahoma au moins est bien loin de la grande fête progressiste des années Obama. Là où il atterrit, Max est dans un État ayant voté et mis en tête à deux reprises le candidat républicain face aux démocrates : McCain en 2008 et Romney en 2012, deux fois battus. Surtout dans son comté, là où il est, Max va donc faire face à une Amérique bien loin du fantasme qu’il a connu devant son iPod. Ce voyage ressemble à une rencontre du troisième type — j’exagère peut-être, il y a des choses qui se sont rattachées à l’image qu’il avait des États-Unis — le plus important dans notre trame est que Max a vécu un moment dépolitisé.

Malgré des écarts culturels comme la nourriture, les horaires de classe et le rapport à la religion, ce fut un bon moment pour notre narrateur. Cependant, gardez bien cela dans un coin de votre tête car cela va expliquer beaucoup de choses, comme le dit Mickey, un autre Yankee de notre enfance : « C’est un outil surprise qui nous servira plus tard ».

Alors Max vit son American Dream à lui. Malgré tout, il vlogue comme ses idoles, il écrit un peu, suit un parcours classique du petit frère ayant besoin de burgers, de sons de Rihanna et de Jay-Z dans ses oreilles. À son départ en 2015, notre narrateur part avec plein d’amertume mais surtout de la gratitude, conscient de la chance qu’il a eue. Un souvenir positif malgré certains désagréments américains et la tristesse du départ. Mais notre compatriote va voir l’image qu’il s’est faite de l’Amérique brisée, atténuée, voire un peu morte.

Quand Max est parti d’Owasso, Obama était président. Quand il revient en 2024, Trump est sur le point d’être réélu. L’Amérique de son adolescence devient alors un monde violent, intolérant et inhospitalier de son point de vue. Pour nous « zoomers », c’est le moment où ce pays n’est plus systématiquement un sujet d’admiration. En 2016, l’arrivée de Trump, un monsieur dépeint comme vulgaire et dont les propos ont beaucoup marqué les Français raffinés, fans de l’État de droit et d’universalisme. Comment ce pays, plus progressiste que nous, a-t-il pu passer d’un président noir et progressiste à un milliardaire vulgaire, xénophobe, climatosceptique et sexiste ?

Et le pompon sur la Garonne (d’ailleurs Max est originaire des Landes, non loin de ce fleuve), c’est le grand nombre de ses anciens camarades votant pour Trump et qui republient du contenu pro-Trump. À certains, il a même écrit une lettre pour les en dissuader (cependant il ne l’a pas envoyée, il l’a juste écrite). C’est là où cette rencontre du troisième type prend tout son sens. Dans son Amérique, Max n’a peut-être pas vu, lors de ses vlogs d’ado privilégié, les enjeux de ceux qui ont perdu dans la mondialisation et qui, par leurs croyances, détestaient l’arrivée d’Obama. On ne peut pas lui en vouloir, cependant la réalité de cette Amérique qu’il a arpentée lui a explosé au visage un soir de novembre 2016.

L’Oklahoma est un territoire du Midwest qui comptait en 2024 quatre millions d’habitants pour une superficie de 181 037 km². Son économie repose sur l’agriculture et l’extraction de pétrole et de gaz. C’est une terre de petites villes et de communautés, ancrée dans le camp républicain depuis belle lurette. La sociologie y est conservatrice et la ferveur religieuse y définit l’endroit : plus de 70 % des habitants se disent croyants.

Cette religiosité a été le premier grand choc de Max. Il l’explique lui-même dans un entretien avec Paul Larrouturou sur France Info : c’était une surprise et un choc car chez lui, la seule image qu’il avait de la religion était une église vide dans son village des Landes. Voir un État où ses habitants sont aussi croyants constitue déjà une asymétrie saisissante. Max n’est donc pas religieux, n’a pas grandi dans une culture conservatrice, mais reste quand même imprégné de la culture américaine tout en étant un « Français moyen ». Max est aussi plus privilégié : en ayant recours à un organisme pour l’envoyer aux États-Unis en échange, la famille du narrateur a dû débourser une somme importante, ce qui présuppose une aisance financière et une bonne capacité à voyager.

En somme, ce périple cristallise la rencontre de deux mondes bien distincts : d’un côté, le mobile français bien intégré aux circuits mondiaux ; de l’autre, un État dont les communautés locales sont globalement repliées sur elles-mêmes. Mais attardons-nous sur la série, car cette rencontre entre deux mondes s’est faite en deux actes. En premier, pendant l’ère pré-Trump, où tout ce qui sous-tendait le trumpisme était déjà présent bien avant l’arrivée de Max, jusqu’à leur expression pure dès 2016 et 2024 où ces deux choses se sont entrechoquées.

Une autre Amérique

Car il faut se le dire, l’Amérique de Max a bien changé : elle est divisée et en colère. Elle a aussi changé à nos yeux, pour nous, jeunes « zoomers ». En grandissant, ce n’était plus simplement l’espace pour nos rêves et nos fantasmes, mais un pays pouvant nous décevoir avec ses travers. Notre regard a grandi et la désillusion aussi car, derrière les strass et les paillettes, il y avait aussi une réalité trop bruyante pour nos rêves d’enfant.

Elles ont commencé à faire du bruit en novembre 2016, quand Donald Trump est devenu le 45e président des États-Unis. Cela a coupé court au regard progressiste de bon nombre de Français. Trump est un peu devenu le catalyseur de cette désillusion sur notre regard de l’Amérique : elle ne brille plus, elle se divise en deux. Le rouge des républicains et le bleu des démocrates. C’est donc pour ça que Max a soumis à ses anciens camarades le choix soit de la casquette bleue, soit de la casquette rouge, pour montrer aussi comment le pays pouvait être divisé à une échelle aussi intime.

Le reportage figure cette confrontation algorithmique par des notifications Apple : des messages de Trump distillés ponctuellement sur un coin de l’écran pour créer une proximité avec les électeurs. Max va tantôt rencontrer ses anciens amis comme dans un vlog intime, et des électeurs comme dans un reportage classique. Mais sa quête personnelle va aussi être impactée par la politique. Car, malgré le fait que Max revienne sur les lieux de ses souvenirs adolescents, goûtant aux « trous de donuts », ce retour sur les souvenirs doux de son adolescence entre 2014 et 2015 va être impacté par des raisons plus politiques.

Il va notamment apprendre le décès de sa grande amie afro-américaine, morte à cause d’une mauvaise prise en charge du lupus car il n’y avait pas assez de spécialistes adaptés à son profil physiologique. La politique vient alors s’inviter dans cette quête intime. La série devient la scène de ses angoisses, de ses dégoûts et de ses inquiétudes. C’est là où le format vlog reprend le dessus, à la manière d’une vidéo YouTube où le créateur montre les déconvenues d’un voyage particulier. Max arpente ses souvenirs souillés et métamorphosés par 8 ans de confrontation politique.

Il va donc arpenter Owasso pour parler à ses camarades, à l’instar des citoyens lambda, jusqu’à cette Mexicaine en situation illégale menacée par l’ICE. Tout cela est à voir dans la série.

Un panorama émotionnel et politique

C’est une sorte de trajet et de nouveau regard sur les États-Unis. Max va partir à New York pour enfin assouvir son fantasme de ce pays qui a marqué son esprit. Mais il faut relever ce nouveau regard sur l’Amérique : il la voit comme un pays avec ses failles, ses névroses, ses défis. Il n’est plus dans l’idéalisation adolescente. Son regard a grandi et se tourne vers l’Europe, comme l’Ukraine en guerre, ou encore vers la France avec ses sujets sociétaux comme l’euthanasie ou les élections, dont il a fait une sorte de présentation d’un groupe WhatsApp discutant avec des jeunes membres de chaque parti politique.

Les États-Unis éblouissent encore, mais peut-être plus autant qu’avant et peut-être d’une autre manière, tout en nuance. High School Radical, c’est aussi le récit de la maturité que l’on peut avoir, nous Français, par rapport aux États-Unis. Nous ne sommes plus des enfants, mais des adultes qui regardent les États-Unis pour ce qu’ils sont. Car on le voit, c’est une évocation douce qui a fini par décevoir ; un souvenir d’ado qui a tourné à l’amer pour lui et pour nous.

Il a été difficile pour lui de revenir voir l’état d’une Amérique à Owasso qui, pour lui, est rétrograde et se renferme sur elle-même. Max a notamment été choqué par le rapport peut-être un peu malsain que peuvent avoir certains Américains avec le port d’arme. Il fait ici référence à un moment trouble où un jeune a commencé à se comporter de façon bizarre dans un stand de tir, marque d’un mélange entre un rapport spécial aux armes à feu et peut-être un malaise d’une partie de la jeunesse américaine à creuser. Cette indignation est poussée à son comble lorsque Max évoque un fait divers tragique : un jeune transsexuel poussé au suicide dans ce même lycée.

Mais il a aimé New York et ses gratte-ciel. Et nous, on aime l’Amérique pour ses stars et ses drama ; elle nous fait rire comme pleurer, comme elle peut nous décevoir. Lui aussi a pu nuancer son regard, même par rapport au vote Trump, car l’un de ses camarades qu’il a pu retrouver — une sorte de cow-boy un peu excentrique — a aussi été un bon camarade. Ce dernier a basculé du côté trumpiste, mais il mène une vie plutôt calme avec sa femme et sa fille après être retourné chez les Marines. Bref, un regard avec nuance.

Cette rencontre dans une Amérique bipolaire, aux prises avec la division, nous a fait découvrir un personnage, Max, aux prises avec ses souvenirs d’ado et ses convictions. Il nous dresse le panorama de ce qu’a été cette année scolaire 2014-2015 : la rencontre d’un ado français issu d’une classe plutôt aisée face à une population plus pauvre que lui et qui n’est pas aussi imbriquée que lui dans la mondialisation.

Le choc du vote Trump pour Max montre quant à lui l’écart politique et culturel entre l’Oklahoma (les États-Unis) et les Landes (la France). High School Radical, c’est la fin du rêve américain et plutôt le début d’une passion. On n’idéalise plus, on s’intéresse et on parle pour mieux réfléchir dessus. Pour nous Français, regarder ce pays, c’est comme regarder un miroir sur la violence politique, par exemple de Charlie Kirk à l’affaire Quentin Deranque sur la bipolarisation Républicains contre Démocrates, qui peut faire référence à une potentielle confrontation de second tour de présidentielle entre le Rassemblement National et La France Insoumise. Car j’ai oublié de vous le dire : le RN dans les Landes est à chaque second tour face à un macroniste ou un socialiste comme Boris Vallaud, comme si la France pouvait subir bientôt, elle aussi, la bipolarisation.

Je vous invite à regarder cette série pour vous faire une idée, il y a des points que je n’ai pas soulevés.

Bon visionnage.

Rédigé par Alb

Lien de l’épisode 1 :

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