À l’approche de la présidentielle de 2027, Louis, 20 ans, a créé Presid, une application qui propose de « swiper » des propositions politiques puis d’obtenir un pourcentage d’affinité avec les personnalités politiques. Sortie sur l’App Store en septembre 2026 puis sur Android en octobre, elle revendique 85 000 utilisateurs en deux mois. Nous l’avons interrogé sur la fabrication de l’application, son indépendance, ses limites et la suite.

Vous avez 20 ans et vous avez créé Presid à l’approche des présidentielles. Quel événement, quelle discussion ou quelle frustration vous a donné envie de vous lancer concrètement dans ce projet ?

Je suivais l’actualité et je voyais que les débats tournaient surtout autour des personnalités, presque jamais autour des idées. Je me suis dit qu’il manquait un outil simple pour savoir ce qu’on pense vraiment, sujet par sujet, avant de choisir un candidat.

Vous partez du constat que beaucoup de personnes connaissent les candidats sans forcément maîtriser leurs propositions. Est-ce une situation que vous avez observée chez vos amis, à l’école ou sur les réseaux sociaux ?

Oui, je le vois partout : autour de moi, à l’école, sur les réseaux. Tout le monde a un avis sur les candidats, mais peu de gens savent dire précisément ce qu’ils proposent sur l’éducation, la santé ou l’économie, moi le premier je pense que notre génération lit moins les programmes, nous sommes donc plus orientés vers des candidats à forte présence sur les réseaux.

De la première idée au lancement de l’application, comment avez-vous concrètement construit Presid ? Combien de temps cela vous a-t-il pris et quelles ont été les principales difficultés, notamment en parallèle de vos études ?

J’ai développé l’app moi-même, en environ 2 mois entre l’idée et la sortie sur l’App Store en septembre 2026, puis la version Android en octobre. Victor m’a rejoint comme associé. La vraie difficulté, ce n’était pas le code mais le contenu : rédiger des propositions justes et 100% sourcées. Et le faire en parallèle de nos études.

Pourquoi avoir choisi le format du swipe, habituellement associé aux applications de rencontre, pour traiter de politique ?

Parce que c’est un geste que tout le monde connaît. La politique paraît souvent compliquée ; le swipe la rend simple et rapide. On lit une proposition, on est d’accord ou pas, on passe à la suivante. Je voulais simplifier et rendre la politique accessible à tous.

Vous revendiquez une approche indépendante de tout parti. Mais sélectionner les sujets, formuler les propositions et déterminer les sources à retenir implique forcément des choix éditoriaux. Comment vous assurez-vous que ces choix ne favorisent pas certaines sensibilités politiques ?

Les propositions sont présentées sans le nom du candidat, pour qu’on juge l’idée et pas la personne. On essaie de couvrir les mêmes grands thèmes pour tout le monde et de reprendre les propositions telles qu’elles ont été formulées par les candidats, sans les commenter. Et on corrige dès qu’on nous signale une erreur.

Chaque position affichée doit pouvoir être reliée à une source vérifiable. Quel est votre processus de vérification et que faites-vous lorsqu’une déclaration est ambiguë, ancienne ou contredite par une prise de position plus récente ?

Chaque proposition vient d’une source publique : programme, interview, déclaration officielle. Quand une déclaration est ambiguë, on ne la retient pas. Quand un candidat a changé d’avis, c’est la position la plus récente qui compte.

Un pourcentage d’affinité peut donner l’impression qu’un candidat correspond parfaitement à un électeur. Comment expliquez-vous les limites de ce classement, notamment lorsqu’une personnalité s’est peu exprimée sur certains sujets ou que des questions importantes ne sont pas couvertes ?

Le pourcentage est un indicateur, pas un conseil de vote. Il ne mesure que les sujets présents dans l’app. Si un candidat s’est peu exprimé sur un thème, le résultat est forcément moins précis. Le but est de donner envie d’aller lire les programmes, pas de les remplacer.

Quel accueil avez-vous reçu depuis le lancement de Presid ? Y a-t-il eu une réaction d’utilisateur, une critique ou un résultat inattendu qui vous a fait revoir votre manière de travailler ?

Bien au-delà de ce que j’imaginais : 85 000 utilisateurs en deux mois. Et surtout énormément de retour positif, avec déjà plus de 350 avis sur les stores.

À mesure que la campagne présidentielle va s’intensifier, comment comptez-vous actualiser les propositions et intégrer les nouvelles déclarations des personnalités politiques ? Quels seront vos critères pour ajouter ou retirer une position ?

On suivra les déclarations et les programmes au fur et à mesure qu’ils sortent. On ajoute une position quand elle est claire et sourcée, on la retire si le candidat la contredit officiellement. On a aussi lancé aussi une « question du jour » basée sur l’actualité permettant à l’utilisateur de voir l’avis de tous.

Comment envisagez-vous la suite : faire évoluer l’application, développer de nouvelles fonctionnalités ou la prolonger au-delà de la présidentielle de 2027 ?

Continuer à améliorer l’app d’ici 2027, avec de nouvelles fonctionnalités. Et à terme, l’adapter à d’autres élections, en commençant par l’Italie et l’Espagne.

Si Presid permettait à une seule personne de changer sa manière de s’informer ou de voter en 2027, qu’aimeriez-vous qu’elle retienne de son expérience sur l’application ?

Qu’il faut s’intéresser aux idées avant les personnes. Si quelqu’un va lire un programme après avoir utilisé Presid, et que s’informer, et ne pas avoir un vote qui dépende uniquement des réseaux sociaux, doit être une priorité

Si un utilisateur découvre grâce à Presid qu’il est proche d’une personnalité politique dont il rejetait jusque-là les idées, comment interprétez-vous ce résultat ? Est-ce précisément le type de prise de conscience que vous recherchez ?

C’est exactement ce que l’app permet : regarder les idées sans étiquette. Ça ne veut pas dire qu’il faut voter pour ce candidat, mais ça invite à se poser des questions et à s’informer davantage. Ce genre de surprise, c’est souvent là que la réflexion commence.

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