À un mois des élections de mi-mandat du 3 novembre 2026, le président américain n’a jamais été aussi bas dans les sondages : 32 % d’opinions favorables dans la dernière enquête Reuters/Ipsos, et seulement 17 % d’approbation sur sa gestion du coût de la vie. Entre un diesel à plus de 6 dollars le gallon, des loyers, des primes de santé et des factures d’électricité qui s’envolent, et une guerre contre l’Iran qui a rouvert le robinet de l’inflation, les républicains redoutent de payer un bilan qui est d’abord celui de leur chef.
Un scrutin sans Trump sur le bulletin, mais tout entier sur lui
Le 3 novembre, les Américains renouvelleront l’intégralité de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat. Donald Trump ne figure sur aucun bulletin, et pourtant c’est bien lui, son bilan et ses promesses de 2024 qui dominent la campagne. Le président avait fait de la baisse des prix, et en particulier de l’alimentation, l’un de ses arguments phares ; il avait aussi promis la fin des guerres et un « âge d’or » économique. Près de deux ans après son retour à la Maison Blanche, c’est sur ce terrain précis que l’électorat le juge le plus sévèrement. Selon le sondage Reuters/Ipsos publié le 21 septembre, réalisé auprès de 1 277 adultes américains, seuls 17 % des personnes interrogées approuvent sa façon de gérer le coût de la vie, contre 32 % d’opinions favorables sur l’ensemble de son action, le plus bas niveau jamais mesuré par l’institut pour lui. À titre de comparaison, le point le plus bas de Joe Biden dans la même série était de 35 %, en octobre 2024, quelques semaines avant l’élection présidentielle de novembre.
Ce qui frappe, dans ces chiffres, c’est moins la cote globale ( les présidents américains sont presque toujours impopulaires à mi-mandat ) que l’érosion dans son propre camp. Chez les républicains, Trump recueille encore 73 % d’opinions favorables, un score qui ferait pâlir d’envie n’importe quel dirigeant, mais qui marque une chute nette : Libération, qui consacre sa une du 5 octobre au sujet, rappelle qu’il était de 86 % en début d’année et de 91 % juste après l’investiture, et le sondage Reuters/Ipsos lui-même enregistre un recul de neuf points en une seule semaine, de 82 % à 73 %. Sur les intentions de vote pour la Chambre, l’enquête place les démocrates à 43 % contre 35 % pour les républicains, soit huit points d’avance. Il s’agit d’un seul sondage, avec une marge d’erreur d’environ trois points, et il ne se traduit pas mécaniquement en sièges, mais la direction est cohérente avec celle de nombreuses autres enquêtes depuis le début de l’année.
Les chiffres du malaise
3,4 % d’inflation, +31 % de prix depuis 2019 : un pouvoir d’achat qui ne rattrape pas
Pour comprendre la colère, il faut partir des chiffres officiels. Selon le Bureau of Labor Statistics, l’inflation s’est établie à 3,4 % sur un an en août 2026, au même niveau qu’en juillet, avec une hausse mensuelle de 0,4 %, la plus forte en trois mois. Ce taux reste très inférieur au pic de 8 % de 2022 sous Joe Biden, mais il marque un net rebond par rapport aux 2,7 % environ de 2025 et il s’éloigne à nouveau de la cible de 2 % de la Réserve fédérale. La mécanique est essentiellement énergétique : l’essence a augmenté de 3,9 % sur le seul mois d’août, ce qui explique plus d’un tiers de la hausse mensuelle de l’indice, tandis que l’inflation dite sous-jacente, qui exclut l’énergie et l’alimentation, a au contraire ralenti à 2,4 %, son plus bas niveau depuis mars 2021. Autrement dit, le problème n’est pas une surchauffe généralisée de l’économie, mais un choc de prix sur les carburants qui se diffuse ensuite dans les transports, l’agriculture et, in fine, les rayons des supermarchés.

Surtout, l’inflation se mesure en taux annuels, alors que les ménages raisonnent en niveaux de prix. Or, depuis janvier 2019, l’indice des prix à la consommation a augmenté d’environ 31 % : il faut en gros 131 dollars aujourd’hui pour acheter ce que 100 dollars achetaient avant la pandémie. Cette moyenne masque des écarts considérables selon les postes de dépenses. Libération cite, pour la même période, des hausses de 39 % pour les loyers, de 36 % pour la garde d’enfants et de 67 % pour le bœuf haché, c’est-à-dire précisément les dépenses incompressibles ou symboliques que les familles voient passer chaque semaine. D’autres suivis donnent des ordres de grandeur voisins mais différents selon la méthode : l’indice officiel des loyers, par exemple, a progressé d’environ 44 % depuis janvier 2019 d’après un décompte de l’inflation cumulée, et l’électricité d’environ 52 %. Ces écarts de mesure n’enlèvent rien à la conclusion : les prix qui comptent le plus pour le sentiment de vie chère ont, pour la plupart, grimpé plus vite que l’ensemble.

Le diesel, ou l’étau de ceux qui font tourner le pays
Un record historique, un secteur de petits entrepreneurs, une facture qui double
Nulle part l’étau n’est plus visible que sur les parkings de relais routiers. À la mi-septembre, le prix moyen national du gallon de diesel (3,8 litres) a franchi pour la première fois les 6 dollars : 6,285 dollars le 14 septembre selon l’Energy Information Administration, un sommet absolu dans une série qui remonte à mars 1994, au-dessus du précédent record de 5,81 dollars de juin 2022. Trois jours plus tard, l’association automobile AAA relevait une moyenne de 6,40 dollars. La hausse est spectaculaire : Libération parle d’environ 80 % depuis janvier, les relevés d’AAA et de l’EIA que nous avons consultés indiquent plutôt une hausse d’environ 70 % sur un an (3,71 dollars un an plus tôt), la différence tenant surtout à la période de référence. Autre anomalie, l’écart avec l’essence atteint 1,97 dollar, le plus large jamais enregistré : le gallon d’essence ordinaire, à 4,32 dollars, reste à près de 14 % sous son propre record de 5,01 dollars de juin 2022. Le diesel est le carburant des camions, des trains, des tracteurs et des chantiers : son renchérissement est donc d’abord un coût de production et de transport avant d’être un coût pour le consommateur final.

Les causes sont multiples et relèvent en grande partie de la géopolitique. La guerre entre les États-Unis et l’Iran, déclenchée à la fin février 2026, a perturbé durablement l’approvisionnement énergétique mondial : le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux, a été largement fermé au trafic non iranien au printemps, et malgré un cessez-le-feu fragile conclu en avril puis de nouvelles frappes américaines, le baril de Brent évoluait encore autour de 97 dollars début septembre. À cela s’ajoutent, selon l’EIA, des stocks mondiaux de distillats nettement inférieurs à la normale, des maintenances de raffineries d’automne et le rôle de l’Ukraine et de la Russie sur le marché mondial du gazole. Le diesel, plus exposé que l’essence à ces tensions, flambe donc plus fort. Un sondage Reuters/Ipsos indique par ailleurs que 82 % des Américains pensent que le conflit avec l’Iran va durer longtemps : peu d’espoir, dans l’opinion, d’un soulagement rapide à la pompe.
Pour les routiers, l’équation est brutale. Libération est allé la raconter dans le Maryland et en Pennsylvanie, sur les aires de Hagerstown et de Greencastle. Tamorris Mickles, 40 ans, propriétaire indépendant de son semi-remorque, y raconte avoir payé « près de 1 000 dollars » pour un plein qui lui en coûtait entre 400 et 500 un mois plus tôt, un ordre de grandeur que les moyennes nationales (de l’ordre de 10 à 15 % de hausse en un mois) ne suffisent pas à expliquer, et qui reflète sans doute des prix plus élevés dans les relais routiers et un réservoir presque vide, mais qui dit bien l’angoisse de ceux qui ne peuvent plus répercuter la facture. « Je dois enchaîner des trajets plus longs pour tenter de rentrer dans mes frais, explique-t-il. Résultat : je ne peux plus revenir chez moi comme avant. » Jesse Gay, 40 ans, qui vient de déménager de Kansas City dans le Tennessee dans l’espoir d’acheter une maison plus abordable, note que le carburant frôle les 7 dollars dans certaines stations « mais ils n’augmentent pas les tarifs des chargements pour autant. Donc en gros, on bosse à perte ». Rosa Whitt, 70 ans, résume pour tous : « Nous sommes la colonne vertébrale de ce pays. Si les prix ne baissent pas, les camions vont s’arrêter parce qu’on n’aura plus les moyens de travailler. »
« Peu importe qui est aux commandes, tant qu’ils ne feront rien pour faire baisser le prix du diesel, on va trinquer. » Tamas Nagy, routier et électeur de Trump en 2024, cité par Libération.
Le secteur est d’autant plus vulnérable qu’il est atomisé : selon l’association des routiers indépendants OOIDA, citée par Libération, près de 92 % des entreprises de transport routier américaines sont de petites structures de dix camions ou moins, sans les marges ni la trésorerie pour absorber un choc durable. Les salariés des grands groupes sont pour l’instant protégés, mais l’un d’eux, Fred, 65 ans, prévient : « Si ça continue, on risque de se faire virer. » Conséquence en chaîne que redoute Adam Wingfield, fondateur du cabinet de conseil Innovative Logistics Group, dans une tribune au New York Times : moins de camions sur les routes signifie moins de capacité de transport, donc des tarifs de fret plus élevés, répercutés sur les expéditeurs, les distributeurs, puis sur les consommateurs. « Presque tout ce que nous achetons est transporté par un grand camion fonctionnant au diesel », rappelle-t-il. Politiquement, le détail le plus gênant pour Trump est sociologique : nombre de ces routiers avouent avoir voté pour lui en 2024, certains évoquent une grève, jugée trop compliquée à organiser pour des entrepreneurs qui ne peuvent pas s’arrêter de rouler, et beaucoup envisagent désormais de s’abstenir ou de voter contre l’administration.
Salaires : le décalage entre le ressenti et la moyenne
Des revenus qui ont suivi en moyenne, mais pas pour tout le monde

Image : 20 Minutes
Reste à savoir si les revenus ont suivi. La réponse, nuancée, est l’un des éléments les plus intéressants du dossier. Libération le rappelle : la plupart des Américains sont persuadés que leurs salaires n’ont pas suivi la flambée des prix, alors qu’en moyenne ils ont suivi, mais pas pour tous. La moyenne cache de fortes disparités. Dans une étude publiée en août, des économistes du Becker Friedman Institute de l’université de Chicago, dont Erik Hurst, ont exploité les fiches de paie d’environ 16 millions de salariés du prestataire ADP. Conclusion : parmi les salariés restés chez le même employeur entre 2021 et 2024, 43 % ont vu leur salaire baisser en termes réels, de 9 % en moyenne, tandis que beaucoup d’autres ont connu des augmentations inférieures à celles qu’ils auraient obtenues dans un cycle normal de carrière. Libération résume l’étude en évoquant « environ 40 % » des salariés touchés entre décembre 2020 et décembre 2024 ; l’ordre de grandeur est le même, mais les périodes et les populations retenues ne sont pas identiques selon les comptes rendus consultés, ce qui invite à la prudence sur le chiffre exact. Plus récemment, le rebond de l’inflation depuis le printemps a de nouveau fait passer les salaires réels en territoire négatif : la hausse des salaires, de l’ordre de 3,2 % sur un an, est inférieure à celle des prix de 3,4 %, et le pouvoir d’achat réel a reculé en août plusieurs mois de suite (quatre ou cinq selon les décomptes).
L’économiste Francesco Trebbi, de l’université de Berkeley, coauteur d’une étude sur la corrélation entre inflation, salaires réels et vote, en tire la conséquence électorale : les électeurs réagissent à l’évolution globale du niveau des prix plus qu’au taux d’inflation, mais les deux reviennent au même dans les urnes. « Si les électeurs ont le sentiment de s’appauvrir, en termes de pouvoir d’achat, ils votent contre le président sortant », explique-t-il, en anticipant de « lourdes pertes » républicaines le 3 novembre. Un pronostic à manier avec précaution, puisqu’un modèle ne remplace pas un scrutin, mais qui s’appuie sur une régularité bien documentée par la recherche en science politique : la perte de pouvoir d’achat se paie dans les urnes.
Logement, santé, électricité : le quotidien en chiffres
Quatre familles, de la Californie à la Géorgie, entre bien manger et bien se soigner
Les statistiques prennent chair dans les témoignages recueillis par Libération auprès de quatre familles, de la Californie à la Géorgie. Une Californienne explique qu’à cause de la hausse du carburant et de la guerre, certains produits sont devenus inaccessibles : « La viande, par exemple, ou les œufs. » Elle n’a pas voté pour Trump en 2024 mais se souvient de sa promesse sur l’alimentation : « Visiblement, il s’en fiche complètement. » Une mère de quatre enfants raconte les arbitrages qu’impose un système de santé largement privé : 190 dollars par semaine pour l’assurance souscrite par l’employeur de son mari, plusieurs centaines de dollars de reste à charge pour une fracture du poignet d’un fils, des économies sur l’alimentation et l’électricité pour compenser. Elle a eu deux cancers en trois ans et dit avoir payé près de 15 000 dollars de sa poche lors du second, une partie sur ses cartes de crédit. Ailleurs, un couple voit sa facture d’électricité bimestrielle passer d’environ 170 à 250 dollars, avec la chaleur et la climatisation de l’été.
Le logement est peut-être le poste le plus emblématique. Un acheteur récent d’une maison à 315 000 dollars explique à Libération que son crédit, charges de copropriété comprises, lui coûte environ 2 700 dollars par mois, soit 35 à 40 % de ses revenus, après avoir payé 1 900 dollars pour un deux-pièces dont le loyer s’établissait autour de 1 100 dollars avant le Covid. « Je ne trouve pas normal qu’il faille avoir le pouvoir d’achat d’un ingénieur pour pouvoir s’offrir une première maison », s’indigne-t-il, en ajoutant que beaucoup de ses proches vivent encore chez leurs parents. Ces récits ne sont pas statistiquement représentatifs, mais ils racontent la même chose que les courbes : le sentiment d’une génération pour qui le rêve américain d’accession à la propriété s’éloigne, et d’électeurs qui, comme le dit l’un des témoins, estiment que « tout a augmenté depuis la présidentielle de 2024 ».
Une responsabilité plus directe que celle de Biden ?
Entre guerre, droits de douane et expulsions : le piège des choix assumés
C’est le raisonnement central de Libération, et il mérite d’être examiné avec nuance : contrairement à Joe Biden, qui avait subi des crises exogènes, le Covid-19, l’invasion russe de l’Ukraine, Donald Trump devrait la dégradation de 2026 à des choix assumés. Le quotidien cite trois facteurs : la guerre contre l’Iran, qui a provoqué le choc énergétique ; la guerre commerciale, dont les droits de douane contribueraient à la hausse des prix ; et les expulsions massives, qui fragiliseraient plusieurs secteurs d’activité dépendants de la main-d’œuvre immigrée. Le premier point est le mieux documenté : l’inflation de 2026 est tirée par l’énergie, elle-même liée à une guerre que l’administration a engagée. Les deux autres relèvent davantage de l’analyse économique et d’un débat où les estimations varient, et nous n’avons pas, ici, de quoi quantifier précisément la part de chacun. Il serait donc exagéré d’attribuer au seul président l’ensemble de la hausse des prix : le marché mondial du diesel est aussi tendu par la guerre en Ukraine, les pannes de raffineries russes et la faiblesse des stocks. Mais sur le plan politique, la question de la causalité est presque secondaire : c’est à celui qui occupe la Maison Blanche que les électeurs demandent des comptes, et Trump a lui-même fait des prix son terrain de campagne.
Son discours aggrave le problème. Comme son prédécesseur, il brandit des indicateurs macroéconomiques flatteurs (un taux de chômage de 4,1 %, des marchés financiers à des niveaux élevés) pour relativiser le ressenti des électeurs, et continue de vanter un « âge d’or économique ». Todd Belt, politologue à l’université George-Washington, y voit une erreur partagée par les deux derniers présidents : « Biden et Trump ont tous deux négligé les inquiétudes des Américains concernant l’inflation. Les électeurs sont en colère quand on leur dit que tout va bien dans leur vie alors qu’ils ont chaque jour la preuve du contraire. » Les démocrates ont compris l’intérêt de retourner l’arme qui avait porté Trump au pouvoir en 2024. « Donald Trump et les républicains avaient promis un âge d’or aux États-Unis. Ils ont échoué. Ils nous ont au contraire infligé un âge de misère », martelait le 17 septembre le chef de file démocrate à la Chambre, Hakeem Jeffries, appelé à en prendre la présidence en cas de victoire. Un sondage de la société Focaldata, réalisé en février, mesurait déjà l’ampleur du phénomène : parmi les électeurs qui placent l’inflation en tête de leurs préoccupations, l’avance de 12 points dont bénéficiait Trump en 2024 s’était réduite à 4 points, soit un glissement de 8 points vers les démocrates, même si les républicains conservaient alors un avantage sur ce segment.
La fuite des élus républicains
Distances prises, remèdes de fortune : l’exemple du diesel et de l’Iowa
Face au mécontentement, de plus en plus d’élus républicains cherchent à se démarquer de la Maison Blanche. L’exemple le plus parlant est celui de la représentante Ashley Hinson, candidate au Sénat dans l’Iowa, État très conservateur où les démocrates espèrent pourtant conquérir plusieurs sièges et où elle brigue le fauteuil de Joni Ernst. Elle martelait ces derniers jours que les Iowans « ne devraient pas avoir à payer la facture de la guerre en Iran à la pompe ou à la caisse du supermarché », alors qu’elle a, rappelle Libération, systématiquement voté à la Chambre pour soutenir cette guerre. Les démocrates ne s’y trompent pas : le Senate Majority PAC a réservé 13,4 millions de dollars de publicité télévisée contre elle, en mettant en avant son soutien aux droits de douane et son vote sur la réduction du financement de Medicaid. Les prévisionnistes classent pourtant la course comme « probablement républicaine » : on est loin d’une défaite acquise.
C’est dans ce contexte que Donald Trump a laissé entendre, le 22 septembre, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, qu’il était favorable à une interdiction des exportations de diesel américain : « Je l’ai demandé, je l’ai demandé à mes équipes », a-t-il dit. L’idée, portée par plusieurs élus républicains d’États agricoles en position délicate pour les midterms, dont le sénateur Chuck Grassley et Ashley Hinson, vise à retenir davantage de carburant sur le marché intérieur. Elle divise jusque dans le camp républicain, les sénateurs Lisa Murkowski et John Cornyn l’ont jugée inefficace ou contre-productive, et les économistes sont sceptiques : une interdiction pourrait faire baisser les prix américains à court terme, mais relèverait les prix mondiaux, tendrait les relations avec les alliés importateurs et finirait par pénaliser les consommateurs américains. Libération en parle comme d’un « pansement sur une jambe de bois ». Le recours à une telle mesure, à quelques semaines du scrutin, en dit long sur l’urgence ressentie dans le camp présidentiel.
« Un raz-de-marée électoral s’annonce, et Trump l’a construit lui-même, une promesse brisée à la fois. » Adam Kinzinger, ancien élu républicain et opposant à Donald Trump, cité par Libération
Le « calculateur de vanité » et le procès en déconnexion
La dernière arme des démocrates est symbolique. Ce mois-ci, ils ont lancé un « calculateur de vanité de Trump » pour mettre en regard le coût de ce qu’ils qualifient de projets personnels du président ( rénovations de luxe, monuments, nouvelle salle de bal de la Maison Blanche ) estimé à 1,8 milliard de dollars de fonds publics, et ce que cet argent aurait pu financer : plus de 600 millions de repas scolaires ou les soins annuels de 88 000 vétérans, par exemple. Il faut le souligner : le chiffre émane des démocrates, via le Joint Economic Committee du Sénat où siège la sénatrice Maggie Hassan, et il repose sur leur propre définition de ce qui relève des « projets de vanité », un périmètre qui reste discutable. Mais l’argument fait mouche, et Todd Belt le résume ainsi : « Donald Trump donne l’impression d’être déconnecté de la réalité en se concentrant davantage sur les monuments érigés en son honneur plutôt que sur l’amélioration des conditions de vie des électeurs. »
Ce que disent les sondages et ce qu’ils ne disent pas
Une dynamique défavorable, des garde-fous à ne pas oublier

Tout converge donc vers un scrutin défavorable à la majorité sortante, mais plusieurs précautions s’imposent avant de parler de déroute. D’abord, un sondage national n’est pas une projection en sièges : la Chambre se joue dans quelques dizaines de circonscriptions et le Sénat dans une poignée d’États, où les rapports de force locaux, le découpage électoral et la qualité des candidats pèsent autant que l’humeur nationale. Ensuite, la cote de 73 % chez les républicains rappelle que la base reste largement fidèle : l’enjeu est moins un basculement massif de ces électeurs vers les démocrates que leur démobilisation, qui fait baisser la participation, et le ralliement des indépendants. Comme le notent les routiers de Libération, beaucoup préfèrent s’abstenir plutôt que de soutenir un camp auquel ils ne croient pas non plus. Enfin, les événements peuvent encore bouger : un cessez-le-feu durable avec l’Iran, un retour à la normale du détroit d’Ormuz ou une détente sur les raffineries pourraient faire refluer le diesel avant le 3 novembre, même si les prix à la pompe réagissent généralement avec retard, et si 82 % des Américains pensent le conflit durable, ce sont peu de signes d’un dénouement rapide.
Reste que la leçon est limpide pour qui regarde les courbes. Quelle que soit la part de responsabilité qu’on attribue à Donald Trump dans la flambée des prix, il en paie politiquement le prix parce qu’il avait fait de leur baisse sa principale promesse, parce que la guerre qu’il a engagée est l’un des moteurs du choc énergétique, et parce que ses réponses, le déni par les indicateurs macroéconomiques, les remèdes de dernière minute, la polémique sur le coût de ses projets, ne répondent pas au sentiment d’appauvrissement des ménages. Au moment de retourner devant les électeurs, observe Libération, les républicains ne pourront pas se défausser : ils ont gouverné avec lui, défendu ses choix économiques et politiques, et accepté d’en faire l’unique décisionnaire de leur parti. C’est donc aussi leur bilan qu’ils risquent de payer au prix fort.
Alice de Germay
Sources : Libération (5 octobre 2026) — « Trump prix en étau » (Frédéric Autran), « Trump a détruit les routiers » (Benjamin Delille), « Logement, alimentation… Des familles face à l’étau de la vie chère » (Salomé Kourdouli et Edward Maille) ; Reuters/Ipsos (21 septembre 2026) ; Bureau of Labor Statistics via Trading Economics (IPC d’août 2026) ; Energy Information Administration, AAA, Dallas Express; Axios (22 septembre 2026, diesel et exportations) ; Becker Friedman Institute, université de Chicago, via presse (salaires réels) ; Joint Economic Committee et Common Dreams (« calculateur de vanité » : 1,8 milliard de dollars, chiffre démocrate) ; Focaldata (février 2026) ; Iowa Capital Dispatch (course sénatoriale de l’Iowa) ; Cook Political Report.
Schémas : Claude IA







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