En 2005, Sofia Coppola tourne Marie-Antoinette dans le château de Versailles. Sa mère, la documentariste Eleanor Coppola, l’accompagne avec sa caméra et enregistre une quantité d’images qui resteront vingt ans dans des boîtes. Pour les 20 ans du film, Sofia Coppola les a montées. Le documentaire Making Marie Antoinette arrive sur MUBI le 6 novembre.

Un tournage, deux regards

Le projet part d’une idée simple : montrer les coulisses d’un film déjà devenu une référence. En 2005, Sofia Coppola réalise son troisième long métrage, Marie-Antoinette, avec Kirsten Dunst et Jason Schwartzman. Le tournage a lieu au château de Versailles, avec une autorisation que MUBI présente comme inédite pour une production de cinéma. Sa mère, Eleanor Coppola, documentariste reconnue, est sur place et filme environ quatre-vingts heures d’images, en se concentrant sur le parcours de sa fille pendant la réalisation du film.

Pendant longtemps, ces images dorment. Seule une petite partie est utilisée pour une vidéo promotionnelle, raconte Sofia Coppola. C’est pendant la pandémie, dans leur maison de Napa, en Californie, que la mère et la fille ouvrent les boîtes de cassettes et commencent à les visionner ensemble. Eleanor a toujours voulu en faire un long métrage ; elle est décédée en 2024. Sofia Coppola a finalement monté le film, avec le monteur Aaron Matthews, et en a fait un documentaire de 86 minutes. Selon le communiqué de MUBI, il s’agit aussi de réaliser un souhait de sa mère.

« Elle était sur le plateau à la fois en tant que réalisatrice et en tant que mère, j’ai donc trouvé très émouvant de revoir ces images et de découvrir notre tournage à travers son regard. » Sofia Coppola

Eleanor Coppola, « la documentariste de la famille »

C’est ainsi que Sofia Coppola décrit sa mère : celle qui, depuis l’enfance, filmait la vie de la famille. Née en 1936, Eleanor Coppola est devenue célèbre pour un film : Hearts of Darkness: A Filmmaker’s Apocalypse (1991), tiré de ses images et de ses enregistrements du tournage chaotique d’Apocalypse Now, aux Philippines, dirigé par son mari Francis Ford Coppola. Ce documentaire lui a valu un Emmy et un prix de la Directors Guild of America. Elle a ensuite réalisé d’autres making-of, dont Coda: Thirty Years Later (2007), et signé à 80 ans sa première fiction, Paris Can Wait (2016), avec Diane Lane et Alec Baldwin. Elle est morte le 12 avril 2024.

Dans Making Marie Antoinette, sa voix est portée par Diane Lane, qui lit des extraits de ses journaux intimes : on y retrouve son expérience du plateau et sa relation avec sa fille. La caméra, elle, ne s’arrête pas à Versailles. Pour le producteur Youree Henley, qui travaille avec Sofia Coppola depuis Somewhere (2010), le sujet du film change au fil des images : « Eleanor ne se contente pas de documenter la fabrication d’un film. Elle fait le sien », écrit-il dans le dossier de presse (traduction de notre rédaction). Elle s’attarde sur les attentes, les conversations, ces moments qui disparaissent presque aussitôt, et sur une jeune cinéaste en train de trouver sa voix.

Crédit : Sofia Coppola

Vingt ans après : un film qui a changé de statut

Le documentaire arrive à un moment particulier. À sa sortie en 2006, Marie-Antoinette avait divisé : son style acidulé, ses chaussures de Manolo Blahnik et sa bande originale contemporaine ont dérouté une partie du public, et Sofia Coppola dit avoir été déçue par les réactions à ses anachronismes, comme elle l’a expliqué dans un entretien relayé par Asharq Al-Awsat. Le film a pourtant reçu l’Oscar des meilleurs costumes en 2007, pour Milena Canonero. Il est devenu un classique, et Sofia Coppola explique, dans le même entretien, qu’il a trouvé une nouvelle génération de spectateurs, notamment grâce aux montages vidéo sur TikTok.

Le château lui-même s’en mêle : une exposition consacrée au film se tient au Petit Trianon, à Versailles, du 22 septembre 2026 au 24 janvier 2027, avec les costumes originaux de Milena Canonero, des accessoires et des éléments de décor. Le documentaire s’inscrit donc dans un anniversaire plus large, celui d’un film qui a changé le regard sur Marie-Antoinette et sur Versailles.

Crédit : Sofia Coppola

Ce qu’on y verra

Au programme, selon MUBI : le savoir-faire qui a permis de faire le film, et en particulier le travail de la costumière Milena Canonero, que l’on suit à l’œuvre. Il revient aussi sur ce que signifiait, à l’époque, être une jeune réalisatrice : Sofia Coppola évoque dans sa note l’envie de défendre un point de vue féminin « à un moment où c’était inhabituel ». Le générique cite notamment, parmi les personnes présentes à l’écran, Kirsten Dunst, Jason Schwartzman, Milena Canonero, Francis Ford Coppola, Marianne Faithfull et le chef opérateur Lance Acord. La musique est signée Aaron Maine, plus connu sous le nom de Porches.

Côté production, le film est produit par Lorenzo Mieli, Mario Gianani, Rachel Dengiz, Youree Henley et Sofia Coppola. Il a été financé par OUR FILMS (groupe Mediawan), Mediawan Rights et Entourage Pictures, avec le soutien de Chanel, maison dont Sofia Coppola est l’ambassadrice. Il a été présenté en avant-première au BFI London Film Festival, dont c’était la 70e édition.

Où et quand le voir

Making Marie Antoinette sera diffusé en exclusivité sur MUBI à partir du 6 novembre 2026. Aux États-Unis et au Canada uniquement, la version restaurée en 4K de Marie-Antoinette est par ailleurs sortie en salles et sur MUBI à partir du 23 octobre. En attendant, c’est une bonne occasion de revoir le film de 2006, et de le regarder autrement.

Crédit : Sofia Coppola

Alice de Germay

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